Des pistes pour les proches

Qu’il s’agisse de membres de sa famille, d’ami·es, de collègues, de gens avec lesquels on s’organise, être témoin de l’épuisement d’une personne n’est jamais simple. Comment aborder le sujet, que dire, que faire… lorsqu’il s’agit de parler à quelqu’un.e d’épuisé.e, souvent nous ne savons pas vraiment quelle attitude adopter ni quels mots choisir. Et pour cause, il n’existe pas une seule manière de le faire ! Voici quand même quelques conseils qui peuvent t’aider. N’oublie pas que, parfois, l’état d’épuisement de la personne est tel que l’aide d’un.e spécialiste sera nécessaire en plus de la tienne.

Quel rôle je suis prêt.e à jouer dans cette situation ?

En effet c’est important de prendre le temps de réfléchir au rôle que tu te sens capable d’assumer. Si la personne accepte ton aide mais que cela dépasse tes envies et capacités, ça risque alors d’être une situation difficile pour vous deux. Donc ça vaut le coup de te poser quelques minutes et d’y réfléchir. Ne pas détourner le regard d’une situation de souffrance et se sentir concerné.e c’est précieux en tout cas et c’est facteur de changement. Il arrive souvent qu’on se dise qu’on n’est pas la bonne personne, que la personne concernée a déjà d’autres aides autour d’elle ou simplement qu’on soit submergé par notre sentiment d’impuissance face à la souffrance de l’autre et, du coup, qu’on ne fasse rien. Or rappelons-le l’épuisement n’est pas une fatalité et une de ses composantes c’est l’entourage et comment il va se comporter. Nommer ce qui se passe, ne pas rester passif, proposer son aide, ça peut faire une grande différence.

Comment j’en parle avec la personne concernée ?

o Avant tout essaie d’évaluer la réceptivité de la personne. Est-ce que tu penses que c’est un sujet qu’elle serait prête à aborder avec toi, compte tenu de vos liens actuels ?
o Lorsque tu choisis de lui parler, fais-le avec délicatesse en expliquant pourquoi tu souhaites lui parler et en nommant ce que tu observes de la situation qui t’amène à le faire. Dans le même temps essaye de ne pas la culpabiliser ni de l’effrayer (évite les phrases angoissantes et catastrophistes du style « tu es en train de bousiller ta santé »).
Par exemple : « Je t’entends souvent dire que tu es fatiguée ces derniers temps ; d’ailleurs j’observe que tu es moins enthousiaste au quotidien, parfois même je te sens triste. C’est ok si c’est ça que tu ressens en ce moment. Simplement je me demande comment tu vas et si tu as envie qu’on en parle ? ».
o Dans tous les cas, que tu proposes ton aide ou pas, c’est essentiel d’écouter attentivement ce que l’autre va te dire. On a parfois tendance, quand des personnes sont fragilisées, à ne pas prêter suffisamment attention à leurs mots, parfois même à vouloir faire les choses à leur place en pensant que cela va les aider. Or permettre à l’autre de nommer ses besoins et respecter son pouvoir d’agir c’est primordial[i].

La personne concernée par l’épuisement doit rester libre

Libre de mettre les mots qui lui conviennent sur ce qu’elle vit, libre de nommer (ou pas) ce dont elle a besoin et de qui elle a besoin. Si tu lui proposes de l’aide et qu’elle la refuse c’est ok, ça ne veut pas dire qu’elle ne tient pas à toi ou qu’elle n’a pas confiance en toi mais que, peut-être, elle ne veut pas peser sur toi ou qu’elle pense qu’une autre personne serait plus à même de l’aider. C’est peut-être aussi trop tôt pour elle pour accepter de l’aide, mais cela ne signifie pas que tu as eu tort de lui proposer. Les chemins pour sortir de l’épuisement et du burn-out sont longs et parfois douloureux. Si jamais ce n’est pas de ton aide dont elle a besoin, tu peux néanmoins proposer de l’aider à identifier la ou les personnes dont elle aimerait recevoir du soutien et de quelle façon elle se sentirait capable de le demander.

Comment l’aider ?

Si la personne accepte ton aide, tu peux la soutenir de différentes façons.

o En l’écoutant, en l’aidant à nommer ce qu’elle vit et ce que cela lui fait. Tu peux au besoin lui proposer des mots à mettre sur son vécu (prudence lorsque tu le fais, nommer le burn-out peut autant soutenir une personne que créer un choc chez elle).
o Tu peux aussi l’aider à identifier ses forces, ce qui la ressource et lui fait du bien dans les moments difficiles, ou encore les personnes de son entourage sur lesquelles elle peut s’appuyer.
o Peut-être aussi, dans le questionnement du pourquoi elle en est là, chercher à identifier avec elle les différents « pourquoi ». Si elle est épuisée c’est très probablement dû à de multiples facteurs (ce qu’elle est, avec qui elle s’organise et comment, la société qui l’entoure et les éventuelles oppressions qu’elle subit). Et donc, par exemple, les groupes avec lesquels elle s’organise ont-ils pris conscience de son épuisement ? Ont-ils cherché à lui en parler et à construire des réponses avec elle ?
o Selon son état d’épuisement, si tu penses qu’elle peut le recevoir, penser à la possibilité pour elle d’être soutenue par un.e professionnel.le (si elle le souhaite évidemment). Par exemple l’État propose « Mon soutien psy », un dispositif limité dans le temps mais gratuit.

Pense à toi

Si tu t’engages dans le soutien et l’écoute d’une personne fragilisée par l’épuisement et en burn-out, cela pourrait t’impacter à des moments. Et donc ça peut être utile d’identifier une personne de confiance autour de toi, ou un groupe dans lequel tu pourras si besoin décharger le poids des confidences reçues et de l’écoute que tu auras offerte (auquel cas pense à respecter la confidentialité de vos échanges).

Tu pourras trouver, entre autres, des éléments complémentaires sur le soutien aux personnes dans
o Les principes de l’écoute active (nombreuses ressources en ligne)
o La démarche de la Communication non-violente
o L’approche Premiers Secours en Santé Mentale (spécifique aux personnes concernées par les souffrances psychiques mais dont la méthode peut t’inspirer)


[i] On vise là le cas de personnes concernées par l’épuisement et le burn-out. D’autres situations peuvent exiger des attitudes et des réponses différentes, notamment dans le cas de personnes concernées par les souffrances psychiques.